10 caractéristiques de l’égo et 5 principes destructeurs

Quelques considérations pour expliquer les dérives de nos êtres et de nos sociétés.
Nous vivons actuellement dans un monde qui nous semble privé de sens tant l’individualisme prime sur l’altruisme.

Les deux premiers millénaires ont été des ères verticales, patriarcales, brutales durant lesquelles les jeux de l’ego ont mis à mal l’écologie sociétale et planétaire. Encore aujourd’hui l’égo tue « l’éco ».

Mais qu’est-ce que l’égo au juste ? Quelle est cette « entité » psychique individuelle qui entrave l’avènement d’une société de coopération ?

L’égo est la part de soi qui se confond avec notre identité. C’est le « Moi » tel qu’il se définit dans le monde par rapport aux autres. Il est le gardien de notre image particulière, une particularité qu’il défend comme si la survie de l’être tout entier en dépendait. Il n’est pas le Soi mais le petit Moi qui prétend représenter l’être dans son identité. Il est le « paraître » au service de l’être individualisé.

Chez l’être dénué de connaissance de soi et sans grande conscience d’autrui, l’égo peut se faire roi et s’ériger sur un socle de vanité. En tant que véhicule du soi, il peut s’approprier le rôle de conducteur. En tant que gardien, il peut se faire guide. Lorsqu’il est à ce point infatué, lorsqu’il s’arroge tous les attributs du soi, on pourrait le décrire au travers de dix caractéristiques et de cinq principes destructeurs.

1. L’égo est une part de soi qui se croit « à part ». Parce qu’il fait l’expérience de lui-même dans le grand tout, l’égo se perçoit comme un point essentiel dans l’univers. En tant qu’être « particulier », il se sent séparé du reste de l’humanité.

2. L’égo est la part de soi qui se croit abandonnée dans l’immensité de la création et du vivant. Il se croit isolé, menacé, il ne croit pas en son prochain.

3. L’ego se propose comme seul repère. Au plan psychanalytique, il est un substitut au « père ». Au plan philosophique et spirituel il s’érige en substitut à l’idée de Dieu. Le Moi devient ainsi l’entité en qui croire. Il se croit créateur alors qu’il n’est qu’une création mentale.

4. En tant que substitut au divin, l’égo se voudrait être une entité indépendante, transcendante et permanente. Il n’est pourtant qu’une illusion, une croyance, en ce sens, il est une imposture. Il est le masque qui cache qui on est vraiment.

5. L’ego est un imposteur qui développe une véritable paranoïa. Il se veut au centre de l’univers et voudrait être reconnu comme tel. A ce titre, il est prêt à toutes les compromissions, toutes les manipulations.

6. Pour préserver l’image qu’il a fabriqué du Soi, le petit Moi campe sur son piédestal dans le refus de toute critique. Il refuse d’avoir tort, cherche à avoir raison. Il cherche à dominer, veut éviter la domination. Au-dessus de tout, il veut préserver son confort, ses habitudes et par-dessus tout sa réputation, qu’il est prêt à entretenir au prix du mensonge. Ainsi il estime que tout lui est dû : les honneurs et les émoluments associés.

7. Il est un être de cupidité et de grande jalousie. Il est la source de l’orgueil déplacé. Il est la vanité campée sur sa superbe. Il est le mépris et donc la méprise.

8. Ainsi l’égo n’arbore que deux postures : celle du héros et celle de la victime ! Seules ces deux positions lui semblent respectables. Il se prête à toutes les distorsions et sombre dans tous les biais cognitifs pour se soustraire au jugement d’autrui comme au juge intérieur.

9. Pour défendre ses positions, pour préserver sa réputation, il juge, condamne, dénonce, exige, reproche, menace… Il n’hésite pas à infliger à autrui les blessures dont il veut se prémunir. Il n’aime que lui, il ne poursuit que ses intérêts propres. Il ne cherche pas à être mais à avoir. Il veut la justice mais ne jure que par la vengeance.

10. L’égo récuse toute faute et redoute de tomber dans les affres de la culpabilité. Il préfère se trouver des bonnes excuses ou de bonnes raisons pour justifier ses erreurs. Il a recours à toutes les contorsions pour rejeter la faute sur l’autre et s’autorise toutes les perversités. Il ne se construit pas, il se « défend » quitte à tout sacrifier. Par-là, il est le père de toutes les névroses. Il est l’artisan du sabotage et de l’auto sabotage dans le paradoxe et la confusion.

Ainsi l’égo est ce grand malade qui ne se reconnaît pas mais qui toujours se justifie dans le déni ou l’accusation. Par son fonctionnement il obère 5 règles essentielles à la coopération.

    • L’ego paranoïaque ne fait pas confiance a priori. Il est incapable d’hospitalité ou de générosité si son intérêt propre n’est pas satisfait.

    • Parce qu’il confond le don et la perte, dans sa peur de manquer, l’égo préfère prendre plutôt que donner. Dans son aversion au don et au contre don, il refuse de s’inscrire dans la réciprocité (sauf – encore une fois – dans son intérêt).

    • Parce qu’il ne cherche qu’à paraître plutôt qu’à être dans l’authenticité et la transparence, il use de manipulations pour justifier ses exactions comme de nécessaires punitions.

    • Il refuse la maltraitance mais il confond justice et vengeance et ne cesse de vouloir infliger à autrui les souffrances dont il se plaint ou dont il veut se prémunir.

    • Puisqu’il cherche à gagner au détriment d’autrui, il agresse en guise de défense. Certes, il condamne la violence mais en rejetant systématiquement la faute sur l’autre. Il est incapable de nuance, d’indulgence, de pardon.

Ainsi partout dans le monde on assiste à l’escalade de violences et à d’abominables rétorsions, que l’égo humain ne parvient pas à réprimer, à redresser ni à réguler.

Espérons que ce siècle que Malraux voulait spirituel soit celui d’un réveil des consciences, un éveil qui permettra de dépasser le règne de l’égo infatué.

Guillaume CALLONNEC

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